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Le voyage

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    Déplacement en jeep de Bamako à Tombouctou. 2 jours de route et de piste.

Maouloud

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    Grande fête à Tombouctou : le baptême du prophète Mahomet

Vie quotidienne

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    Quelques activités de la vie quotidienne à Tombouctou

Réveil et animation des rues

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    Il est 5 heures, Tombouctou ... Vie des rues

En formation

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    Quelques images des professeurs en formation et de leurs élèves

Le lycée et ses élèves

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    Quelques images du lycée et des élèves qui le fréquentent.

Tombouctou par la route

Carte_mali_voyageTombouctou bénéficie d'un aéroport international. Non, ce n'est pas une plaisanterie ! Le problème, c'est que le trafic n'y est pas franchement dense. La piste est là, mais les passagers manquent.  Il y a un vol par semaine, en principe, sur Bamako, il faut donc tomber sur le bon jour et encore demander si le vol a bien lieu. Mieux vaut prévoir de passer quelques jours à Bamako, si l'on veut se déplacer par avion jusqu'à Tombouctou.

La voie fluviale constitue une alternative pendant l'hivernage seulement. Le Niger n'est navigable que quelques mois par an. Il faut 5 jours pour se rendre à Tombouctou depuis Bamako. Jolie croisière pour qui a du temps.

Il reste la route : plus de 1000 km dont environ 200 km de piste. Par les transports publics, c'est une véritable aventure. Compter 3 ou 4 jours. Pour les 200 derniers kilomètres de piste, il faut avoir le coeur solide et le dos bien accroché au sac. Pendant l'estivage, la température peut monter jusqu'à 45 degrés et les véhicules souffrent en tout cas autant que les gens. Pendant l'hivernage, la température est plus clémente mais la piste peut être inondée par endroit rendant certains passages impraticables.

Voiture_soif_blog

Le mieux, c'est probablement la jeep 4X4 climatisée avec chauffeur privé.  2 jours de route avec un arrêt nocturne à Mopti. C'est heureusement ce que nous avions : il y a du bon à être en service commandé. Entre Douentza et Tombouctou, derrière nos vitres teintées, à l'abri de nos 30 degrés délicatement estivaux, nous regardions avec une condescendance polie tous les véhicules en panne, à moitié éventrés que nous croisions ou devancions sur la piste. Même quand la climatisation est tombée en panne, que nos réserves d'eau ont servi à étancher la soif du radiateur et que la voiture devait prendre une douche rafraîchissante à chaque puits, nous avons gardé une confiance inébranlable en notre Toyota. 

En guise de bilan

Reportage_son1

La sincérité est un calcul comme un autre, dit-on. Faut-il dès lors croire à tous les compliments que nous adressent des maîtres maliens qui semblent avoir apprécié la découverte de techniques de traitement de l’image et du son qui n’ont rien à envier à celles enseignées dans les riches pays du Nord.

Bénéficier d’une égalité numérique pour alimenter les pages Web de la plateforme collaborative Educanet2 est sans doute valorisant, même si cela n’est pas facile. Ces enseignants paraissent avoir fait leur la sentence de Barjavel : « Ce qui s’apprend sans peine ne vaut rien et ne demeure pas ».


Mahamar Traore, responsable de la salle donne son avis sur la formation qu'il a suivie

Au-delà du défi existe encore une autre motivation : la formidable attente des élèves qui comptent sur leurs maîtres pour les initier, à leur tour, à la maîtrise de tous ces nouveaux savoir-faire. Ils ont déjà compris que l’illettré de demain ne sera pas seulement l’analphabète mais aussi celui qui ne saura pas accéder au savoir ni le diffuser !Reportage_son2_1

Certains étudiants, cependant, n’ont pas attendu le relais professoral, ils l’ont anticipé, tant ils ont compris le bénéfice immense que toute la société tombouctienne pouvait tirer d’Internet. Ainsi, un lycéen, véritable Mozart de la toile, est en train de mettre au point un système qui permettra aux techniciens en radiologie de Tombouctou de faire analyser, à distance, par des spécialistes de Bamako, les radiographies de patients qui, grâce à cela, pourront être mieux soignés et à moindres frais.

Interview d'un lyceen: Internet comme outil de développement

Tombouctou: entre tradition et modernité

Vetements Sous d’autres cieux, les gens sont moins différents que ce qu’on imagine. Les discussions sont vives à Tombouctou autour du respect des usages et traditions, particulièrement en ce qui concerne l’habillement des jeunes. Pendant que certains se demandent s'il faut réintroduire l'uniforme au lycée, d'autres sont plus libéraux et se prévalent de la laïcité du Mali. Les filles qui portent tee-shirts et jeans moulants sont l’objet de controverses animées. A travers leur habillement, les jeunes revendiquent, comme partout ailleurs, une identité nouvelle et une certaine originalité tandis que leurs aînés déplorent leur allure délurée et inconvenante.

Interview de notre garçon de café, par ailleurs journaliste d'une radio locale, interview du surveillant général du lycée

Pavage_mosquee Mais le vêtement n’est que la partie visible des transformations qui commencent de laminer la société tombouctienne traditionnelle. Avec les médias audiovisuels qui colonisent une bonne partie des foyers, et l’Internet, les habitants de Tombouctou découvrent les ingrédients de la modernité occidentale. Au-delà du discours parfois moralisateur, l’habillement à l’européenne est perçu comme une menace pour l’identité culturelle des habitants de la ville de Tombouctou.

L’isolement de Tombouctou - 52 jours de chameaux des premières cités arabes du nord du Sahara et plusieurs jours de pistes ou de navigation du Sud du pays - l’a longtemps protégée des missions « civilisatrices » du Nord et du Sud. Les contacts directs et massifs avec le monde occidental ont été inaugurés avec le Paris-Dakar qui, dans les années 80, faisait souvent escale à Tombouctou. A l’époque les équipes de la course distribuaient des tee-shirts et des babioles aux enfants si bien qu’aujourd’hui, il n’est pas un enfant de Tombouctou qui ne sache dire « cadeau » quand il voit un « toubab ».

On parle beaucoup de désenclavement de la ville et de la région de Tombouctou. On attend impatiemment des fonds pour construire les routes qui vont relier, l’une par le delta intérieur du Niger, l’autre suivant la rive gauche du fleuve, la cité mystérieuse à la capitale Bamako. Dans cette ville de sable et de vent, on parle même de goudronner les artères principales, de paver les ruelles de la Medina. Il n’est pas rare en effet qu’une voiture soit ensablée en pleine rue de Tombouctou. Cependant la volonté des autorités de moderniser la ville se heurte, nous dit le gouverneur Mamadou Togola, à l’opposition de l’UNESCO en charge de la protection du patrimoine mondial que constituent la grande mosquée et la vieille ville qui l’entoure. (Actualité : http://whc.unesco.org/fr/actualites/245) Ensablement

Les flux financiers à l’origine du développement économique étant plus rares que les vents soufflant du Sahara, le sable devrait rester encore longtemps l’ingrédient principal des rues, et le treizième condiment des menus de Tombouctou.

Secrets de famille

Manuscrit3 Le mystère ne se voit pas, il se sent. A Tombouctou, aussi, l’essentiel est invisible pour les yeux. La plus grande richesse de la ville réside dans des manuscrits qui, pour la plupart, sont la propriété de grandes familles qui les gardent jalousement, plus qu’elles ne les conservent.

Manuscrit1 De l’âge de la splendeur de l’université, située autour de la mosquée de Sankoré, des privés ont hérité de milliers de manuscrits, aujourd’hui en péril, et qui contiennent non seulement l’exégèse du Coran, mais aussi la quintessence des connaissances de l’époque. Si, comme en Occident au même moment, la théologie était le couronnement du savoir, les sciences cependant n’étaient pas négligées. Ainsi, quantité de traités, richement illustrés ou enluminés, évoquent le droit, les mouvements des planètes, les mécanismes célestes régissant les éclipses, les secrets de la médecine…

Il semblerait flatteur pour Tombouctou de faire connaître au monde entier ces illustrations d’un savoir alors en avance sur celui de l’Europe. Pourquoi dès lors cacher de telles merveilles ? Trois raisons à cela. Certains manuscrits – les plus beaux peut-être – ont disparu, vendus à de riches collectionneurs lors de la grandesécheresse de 1973. Manuscrit4_1 D’autre part, ces manuscrits anciens portent la baraka : s’en défaire équivaudrait à laisser entrer le malheur dans sa maison. Enfin, nombre de ces écrits contiennent des secrets de famille que l’on ne tient pas du tout à dévoiler.

La présence de nombreux textes en hébreux inquiète particulièrement : beaucoup de Juifs ont habité la cité des 333 saints, depuis le temps de sa splendeur jusque vers les années 1860. Des traces archéologiques le confirment. Exhiber un manuscrit en hébreux, c’est reconnaître l’origine probablement juive de sa famille et, dans le contexte actuel, personne ne souhaite se réclamer d’une telle ascendance.

Il existe cependant quelques raisons d’espérer : plusieurs propriétaires de manuscrits, Porte_manuscrits2 comme la famille Ben Essayouti, à laquelle appartiennent traditionnellement les Grands Imams de Tombouctou, essaient de faire évoluer les mentalités et s’engagent dans la présentation et la mise en valeur de ces joyaux, qui sans doute méritent leur place dans le patrimoine culturel de l’humanité. Ils seront exposés désormais dans de nouvelles bibliothèques de la ville, avant, peut-être, si les moyens sont réunis, de connaître une diffusion sur Internet.
Quelques liens :

  • description du projet (Document.pdf en français)
  • un article tiré du Monde Diplomatique, septembre 2004.
  • les Américains aussi s'y intéressent (article, septembre 2005)

Une porte doit être ouverte ... ou secrète

Mosquee1 Tombouctou occupe une place à part dans le monde de l’Islam. C’est là qu’aurait dû naître Mahomet, si l’Ange Gabriel, selon la légende, n’y avait pas été attaqué par un chien, et contraint d’apparaître sous d’autres cieux.

A ville exceptionnelle, mosquée hors du commun : le vendredi à 12.30 heures, les lieux de culte des différents quartiers de Tombouctou sont fermés. Seule reste ouverte la Grande mosquée Djingareiber – site du patrimoine mondial de l’UNESCO – vers laquelle affluent tous les croyants de la ville pour la grande prière. Certains musulmans déplorent de devoir se déplacer si loin. Ils souhaiteraient, comme les Wahhabites, présents dans les quartiers les plus pauvres de la ville et financés par les pétrodollars de l’Arabie saoudite, ouvrir une seconde mosquée pour cette grande oraison. Les dignitaires religieux en place ont refusé !

Mosquee_banco

Banco appliqué à la main sur  les murs de la mosquée

Aucun bâtiment ne doit rivaliser avec la mystérieuse mosquée dont une porte « secrète », qui ne comprend ni poignée ni serrure, ne peut être ouverte. « Le jour où elle le sera, ce sera la fin du monde », nous dit en souriant Elboukhari Ben Essayouti, enseignant au lycée de Tombouctou, conservateur du Musée municipal et petit frère du Grand Imam de la ville.

Le mystère ne s’arrête pas à cette porte, il affecte aussi une fenêtre intérieure, placée au-dessus du Mihrab (niche pratiquée dans le mur et indiquant la direction de La Mecque) et qui ne doit être ouverte sous aucun prétexte. Elle cache, dit-on, des manuscrits anciens contenant d’impénétrables secrets…

Mosquee_fen_secrete Ce monde de mystères ne concerne, en fait, que les hommes : l’obligation de la grande prière du vendredi ne touche pas les femmes ; si leur présence n’est pas interdite, elle n’est cependant pas souhaitée. Ainsi, la semaine dernière, Mme Aïssatou Dembelé, enseignante de plus de 40 ans, promue reporter dans le cadre de notre formation et munie d’un appareil photo numérique, pénétrait pour la première fois dans la mosquée. A l’occasion des cérémonies du vendredi, seules quelques femmes sont présentes, à l’écart des hommes, dans un petit coin réservé, à côté de la tombe d’un saint dont le principal titre de gloire, après trois unions peu réussies, est d’avoir maudit les femmes et le mariage.

Mariage à option et excision

Fille1 Au Mali, le mariage est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux futurs époux. Le griot – musicien ambulant de génération en génération, à la fois paria et respecté pour ses connaissances et ses talents – en a fait sa spécialité.

Mariage malien, 1re partie par Boureima Diabate

Boureïma Diabaté, professeur au lycée de Mopti, est aussi musicien traditionnel. Pratiquant les chants et les percussions des Dogons, il a été invité en Europe et en Amérique. Il a également fait partie du groupe qui a accueilli Samuel Schmid au Mali en 2005, alors président de la Confédération. Aujourd’hui, c’est en tant que griot qu’il a bien voulu nous initier aux arcanes du mariage traditionnel et à ses rites.

Mariage malien, 2e partie

 

Si ces pratiques traditionnelles nous instruisent sur la « valeur » de la femme, dont la dot (qui lui revient personnellement) se monte à un trentième du prix d’un « beau chameau », elles ne constituent qu’une facette du mariage qui comporte également un volet officiel : lorsqu’il veut se marier, le Malien doit d’abord, dans cet Etat laïque, choisir entre mariage monogame et mariage polygame (les musulmans ont droit à un maximum de quatre épouses) ; si ce dernier choix est fait et que la compagne potentielle ne s’en accommode pas l’officier d’Etat civil renvoie les futurs mariés en leur conseillant de réfléchir…

Mariage malien, 3e partie

On le voit donc, l’Etat intervient dans des domaines qui ne relèvent pas que de la sphère religieuse ou du domaine privé. Il en va de même de la délicate question de l’excision, pratique que l’Etat cherche à interdire et dont les Maliens, assez étonnamment pour nous, parlent plutôt ouvertement, conscients qu’ils sont de l’ancrage profond, surtout dans les campagnes, de cet usage ancestral : circoncision et excision sont, pour les Maliens, deux pratiques complémentaires qui visent à pouvoir déterminer définitivement le sexe d’un individu. Dans la cosmogonie malienne, tout être naît hermaphrodite. Le prépuce est un élément féminin, dont l’ablation par circoncision introduit un enfant dans la communauté des mâles. Le clitoris, « morceau mâle », doit être également enlevé pour qu’une jeune fille accède à la communauté des femmes.Fille2

Contrairement à ce qu’affirment certains, l’excision n’est pas exigée par l’Islam mais dépend d’anciennes croyances, comme chez les Bobos qui croient qu’un homme peut mourir sur le champ pour s’être trouvé en contact avec le clitoris d’une partenaire. (Pour d’autres renseignements sur les rites et les religions du Mali : Sennen et Virginie Andriamirado : Le Mali aujourd’hui, Les Editions du Jaguar, Paris, 2003.)   

Education et formation au Mali

Le Mali, comme les autres pays du Sahel, dispose de peu de moyens. On dit au pays : « Le sel vient du Nord, l’or vient du Sud, l’argent vient du pays des Blancs… ». Dans un pays où les besoins fondamentaux ne sont souvent pas couverts, l’essentiel des ressources est monopolisé par les nécessités immédiates. De ce fait, l’éducation spécialisée ainsi que la formation continue des enseignants sont laissées à l’initiative des privés ou des organisations internationales : le lycée de Tombouctou a, par exemple, mis à la disposition de dix-sept enfants sourds-muets, une salle de classe où deux enseignants, payés par les parents et une ONG norvégienne, apprennent le langage des signes à ces jeunes handicapés.

Généralement, ce sont de grandes organisations internationales dépendant de l’ONU qui financent les programmes de formation continue des enseignants. Parfois, des entreprises privées y contribuent également, comme SWISSCOM (par sa filiale ENGACOM), qui, au lycée Mahamane Alassane Haïdara de Tombouctou, en collaboration avec l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) et les ministères maliens de l’Education et des Télécommunications, a permis de donner aux enseignants une formation sur l’utilisation de la plateforme collaborative Educanet2, promue par l’organisme suisse EDUCA (anciennement CTIE).

FormationGr_eau Le Collège du Sud de Bulle, dont nous sommes deux enseignants, collabore depuis quelques mois déjà avec le lycée de Tombouctou. Des professeurs et des classes, de Bulle et de Tombouctou, échangent par Internet des points de vue sur l’eau, le mode de vie, la famille, la religion, les moyens d’information, etc. Ils ont commencé à construire des sites Internet qui rendront compte des travaux effectués par les élèves africains et européens et des divers échanges que génère le projet. Pour parfaire les connaissances des enseignants de la région qui, comme bon nombre d’élèves de Tombouctou, pratiquent déjà l’Internet depuis l’installation de la salle informatique par Swisscom en 2003, nous avons été chargés de cours au lycée de la ville. Gr_religion_1 Il faut dire que certains enseignants avaient déjà reçu une formation de base en Suisse et au Mali en 2003. Nous avons donc opté pour une formation axée sur l’Internet et qui permette des échanges culturels et un partage du savoir entre Maliens et Suisses. Hier et aujourd’hui, les enseignants maliens sont partis en reportage dans la ville, munis d’appareils photos numériques et de dictaphones, pour recueillir des images et des sons. Ils ont ensuite travaillé ces différents matériaux pour nourrir les divers sites Internet en construction sur Educanet2.

Dans un pays où règne pour beaucoup la malnutrition et/ou la sous-nutrition, on est en droit de se demander s’il s’agit bien là de l’aide la plus urgente. Mais il faut savoir qu’à Tombouctou le papier est rare et la feuille locale (une page), paraissant mensuellement et recueillant quelques informations ou ragots locaux porte le nom éloquent de « Silence ». Les gens n'en sont pas moins avides d'information. En dehors des heures de cours, le lycée ouvre ses portes et sa salle d'informatique pour recevoir les élèves des classes et les professeurs qui viennent communiquer et s'informer. Internet constitue donc un moyen incomparable d’accéder à des informations d’une utilité évidente (que ce soit dans le domaine de la santé, de l’alimentation ou des techniques de production) d’en produire et de les échanger.

Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux

De toutes les régions du monde, c’est l’Afrique australe qui est la plus touchée par le SIDA : l’espérance de vie en Zambie et au Botswana est passée en quelques années de plus de 60 ans à moins de 40. Si l’Afrique australe est la plus touchée, la région du Sahel n’est pas épargnée non plus.

Au Mali, l’espérance de vie est aujourd’hui de 47 ans. Un chiffre qui contribue à faire de l’IDH (Indice de Développement Humain) de ce pays un des plus bas de la planète. Les chiffres officiels signalent un taux moyen de séropositivité de 2 %, avec des différences très marquées entre le Nord et le Sud.

Des campagnes gouvernementales visent à enrayer le mal. Le grand Imam de Tombouctou soutient les campagnes officielles de vaccination mais s'oppose à l'usage du préservatif comme le Vatican. D’autres religieux, constatant l’existence de ce fléau, n’y voient qu’une punition divine consécutive à la débauche et à la dépravation, à l’image des épidémies de nos temps anciens. Cependant, quantité de Maliens, y compris parmi les jeunes, ne croient pas à l’existence du SIDA.

« Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux », c’est le sens qu’on donne au SIDA dans le pays. Lorsqu’il parle en classe de cette maladie, un professeur du lycée de Mopti, nous dit être confronté à quantité de remarques sceptiques de la part de ses élèves : « Le SIDA n’existe pas, car s’il existait, les moustiques qui sucent le sang des sidéens mourraient », c’est encore une maladie inventée par les occidentaux pour enrayer l’explosion démographique africaine.

Sida Les mesures préventives se heurtent à une aversion marquée à l’encontre de l’usage du préservatif. On dit que la seule vue du condom, présenté même par la plus belle des « gazelles », calme les ardeurs viriles de plus d’un.  A cela s’ajoute que cette maladie est perçue comme honteuse. Beaucoup renoncent à tout dépistage de peur d’être frappés d’indignité par les bien portants. Pour ceux qui se savent malades, cela va plus loin encore : ils préfèrent souvent renoncer au traitement fourni gratuitement par le gouvernement plutôt que de dévoiler à leurs congénères leur séropositivité ! 

Les arts de la table

Repas_malien_blog Surpris à la sortie du lycée par nos collègues maliens qui se préparaient leur repas, nous y avons été invités. Point besoin de services ni d’assiette, une main droite et adroite, bien lavée, suffit.

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En ce qui concerne le thé, préparé et servi après le repas, un rituel complexe est de rigueur. Rien ne vaut le commentaire du spécialiste local.

Comment faire un thé à la malienne ?

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Fichier .mp3 - 2.24 Mo – 3’55’’ : soyez patients, ça vaut  la peine!

Tombouctou, un mystère aux mille couleurs

La nuit du baptême du Prophète est la plus belle pour les femmes de Tombouctou la mystérieuse. Unique occasion pour elles de sortir comme elles l’entendent jusqu’à 5 heures du matin…

Comme Pâques pour les chrétiens, la fête du baptême de Mahomet – sept jours après le Maouloud – est basée sur le calendrier lunaire. Occasion traditionnelle de multiples réjouissances, cette solennité de Tombouctou, cité des 333 saints, a surtout une dimension religieuse.

Si la ville – qui comptait au XVe siècle trois fois plus de population qu’aujourd’hui et possédait une université islamique de renommée internationale, fréquentée par 25 000 étudiants – a quelque peu perdu de son aura, cette fête la lui restitue totalement. Vers 23 heures, les hauts dignitaires religieux et les fins lettrés de la ville, agglutinés entre un parapet et la façade de la grande Mosquée, entament des psalmodies coraniques. Chacun à son tour entonne un passage de texte sacré ou un poème de sa composition, à caractère religieux. Comme nous le confirme le frère du grand Imam de Tombouctou, le mystère est accru par le fait que fort peu de gens comprennent les textes déclamés en arabe, une langue que beaucoup ont appris à lire, mais que peu comprennent, un peu comme au XIXe siècle chez nous où les enfants apprenaient à lire, sans comprendre, dans les livres de messe écrits en latin.

Pendant les lectures, hommes et femmes de Tombouctou, surgis du sable des rues, resplendissant de drapés et de couleurs, entament une marche rituelle autour de la grande Mosquée puis s’arrêtent pour écouter les récitations.

Les femmes aux coiffures somptueuses et d’une infinie variété, rarement voilées ou alors comme des suggestions dignes de grands couturiers européens, animent la rue de leurs conversations et de leurs rires plaisants. A observer ce spectacle grandiose, une soirée de la jetset parisienne doit paraître bien terne.

Extrait sonore des récitations coraniques